La démarche

De l’inventaire du chaos

Ce glissement de la peinture vers l’univers pixellaire lui a permis d’explorer de nouveaux champs picturaux qui renouvellent notre « point de vue » sur ce médium. En effet l’utilisation d’éléments hétérogènes, provenant de répertoires de différentes provenances, perturbe l’espace du tableau ou plutôt de l’image. On peut y voir des univers mutants composés d’agrégats hétéroclites parfois solides (parfois fluides ou gazeux), des réseaux, des criblages, des mondes complexes qui nous interpellent quant à l’espace dans lequel on se trouve.

En amont du travail de composition il effectue un travail de fabrication d’éléments. Il peut s’agir d’éléments appartenant à la peinture ou au dessin, réalisés à l’aide d’une tablette numérique et de logiciels idoines mais aussi plus récemment, d’un travail de photos, de retouches, de détourages et de pré composition d’images qui rendent son processus créatif de plus en plus long et rigoureux. Ces éléments sont ensuite stockés et classés de manière méthodique dans des répertoires graphiques. On pourra y retrouver classé par catégories les éléments constitutifs de son travail : des fonds, des tâches, des coulantes, des éléments photographiques déjà détourés…Parfois aussi il utilise de petits ateliers (numériques) portatifs qui lui permettent de fabriquer rapidement des conglomérats de formes qu’on retrouvera sous diverses variantes dans ses œuvres.

Lors de la composition d’une image, ces éléments placés sur des calques libres pourront être transformés, déformés, démultipliés à l’infini pour créer de nouvelles entités. Le geste spontané, créé sur une tablette graphique devient alors modifiable, extensible, infiniment extrudable. Cette manière de procéder, proche des samples de la musique électronique, est associée à l’utilisation de strates superposées les unes aux autres. Présentes depuis longtemps dans son travail, ces strates ne sont pas sans rappeler les calques de Photoshop, le logiciel de composition. Cette manière d’échantillonner les couches picturales, d’en faire un inventaire, nous incite à une lecture en transversale de l’image.

Son inspiration provient de la peinture elle même, des abstraits américains par exemple. Les sortes de cartouches souvent présents dans l’un des coins de ses images sont empruntées au Zip de Barnett Newman. Parfois, il s’amuse des tics des peintures actuelles qu’il réintroduit dans ses oeuvres pour encore leur faire subir une transformation.

Les images de François Martinache ont souvent été imprimées sur de grands formats photographiques et contrecollés sous « Diasec ». Il affectionne en effet ce procédé pour sa froideur et la mise à distance qu’il suscite ainsi que la ressemblance avec l’écran d’ordinateur. Dans ses travaux les plus récents, il s’est pourtant intéressé aux impressions sur papiers dont le rendu mat et les couleurs veloutées lui on permis de se rapprocher du dessin et du collage. Il s’est également interrogé sur la dématérialisation complète de son médium en introduisant des éléments tirés de ses répertoires graphiques dans des logiciels 3D pour en faire des animations.

Ses œuvres sont en quelques sortes des arrêts sur image. Elles décrivent des mondes mutants, des galaxies en train de changer d’état, dont on ne peut savoir si elles sont en expansions ou si elles s’effondrent. L’utilisation récente d’éléments photographiques dans certaines images sont autant de «fragments du réel» qui viennent prendre place dans le chaos organique.

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